Alors que l’interprofession de la filière célébrait début février ses deux décennies d’existence, jamais la forêt n’avait soulevé d’enjeux aussi cruciaux pour l’avenir, entre nécessaire adaptation au réchauffement climatique et décarbonation par le développement du bois-matériau.
Vingt ans, ça se fête – surtout quand cet anniversaire porte avec lui de plus amples responsabilités. Le 4 février, France Bois Forêt, l’interprofession nationale de la filière bois-forêt, célébrait ses deux décennies d’existence. Créée le 8 décembre 2004 exactement, France Bois Forêt fédère les différentes organisations professionnelles de la filière, tout en mettant en œuvre diverses actions de promotion de la forêt française et des nombreux usages du bois.
La France a « la chance de pouvoir compter sur sa filière » bois-forêt
Réunis au Musée national de la Marine, les participants ont écouté les interventions d’Anne Duisabeau, la présidente de France Bois Forêt, d’Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture ou encore du sociologue Arnaud Zegierman. Prenant leur suite à la tribune, le politologue et spécialiste du climat François Gemene a estimé qu’à l’heure du changement climatique et de la multiplication des mégafeux, la France a « la chance de pouvoir compter sur les professionnels de la filière pour assurer un bon entretien des forêts pour limiter le risque d’incendie ».
« Ce n’est pas forcément le cas dans d’autres régions du monde », a relevé François Gemene, qui a également rappelé le rôle central de la forêt dans la stratégie française de décarbonation : « réduire nos émissions ne suffira pas », a-t-il lancé devant l’assistance, « il va falloir augmenter le stockage forestier ». Et l’expert de rappeler l’évidence selon laquelle les forêts ne pourront, seules, s’adapter à la vitesse du dérèglement climatique – du moins pas sans intervention humaine.
Pas d’adaptation des forêts sans l’intervention des forestiers
La filière bois-forêt – et donc les hommes et femmes qui l’animent – a, en effet, un rôle central à jouer dans la lutte contre le changement climatique, qu’il s’agisse d’adaptation au phénomène ou d’atténuation de celui-ci. Ses acteurs contribuent notamment à la séquestration et au stockage du carbone, que ce soit dans les forêts ou dans les produits en bois, qui demeurent deux leviers incontournables pour espérer atteindre la neutralité carbone. En 2023, la forêt française séquestrait ainsi environ 7% des émissions nationales de gaz à effet de serre (GES), soit plus de 31 millions de tonnes de CO2.
Un puits de carbone efficace, mais beaucoup moins qu’en 2015, quand la forêt française séquestrait alors 15% des GES : en une décennie, le puits de carbone a donc chuté de moitié. La faute, encore et toujours, au réchauffement climatique : sécheresses, incendies, dépérissement, croissance ralentie, attaques d’insectes ravageurs et autres maladies affaiblissent la forêt, qui n’a pas le temps de s’adapter à la rapidité des changements à l’œuvre. L’intervention des forestiers est alors nécessaire pour tenter de sauver ce qui peut l’être et, surtout, préparer les écosystèmes forestiers aux nouvelles conditions climatiques.
Gestion durable de la forêt et développement du matériau bois
Grâce à une gestion durable, les forestiers mettent en place des actions visant à la surveillance renforcée de la santé des forêts, à prélever les arbres en train de dépérir ou encore à renouveler les peuplements avec des essences mieux adaptées aux contraintes du climat de demain. Un ensemble de démarches indispensables pour pérenniser le puits de carbone en forêt, mais qui ne représentent qu’une partie des efforts à réaliser pour décarboner l’économie française.
L’autre levier se traduira, nécessairement, par un plus large recours au matériau bois. Une fois transformé en meubles, en parquet ou en charpente, le bois peut en effet stocker le carbone préalablement capté par l’arbre – et ce presque indéfiniment (de 50 à 100 ans). Chaque année ainsi, ce sont une à deux millions de tonnes de CO2 qui sont capturées dans le bois d’œuvre : une stratégie écolo et encouragée par les Français eux-mêmes, qui sont 90% à plébisciter l’usage du bois pour la construction, l’ameublement ou la décoration.
« L’idée », explique Christine Deleuze, chercheuse et directrice du projet « stratégie carbone » à l’Office national des forêts (ONF), « est de réconcilier offre et demande en augmentant, à l’échelle de la filière, la part du matériau bois, notamment à longue durée de vie (construction et ameublement) et la part de recyclage, afin de maximiser l’apport de la filière dans la Stratégie nationale Bas Carbone ».
Le gouvernement reconnaît le rôle de la forêt dans la lutte contre le changement climatique
France Bois Forêt souffle donc ses vingt premières bougies dans un contexte porteur de menaces… comme d’opportunités. Ainsi que l’a rappelé sa présidente lors de la cérémonie du 4 février, la filière compte, pour continuer d’adapter ses pratiques au changement climatique et développer l’usage du matériau bois, sur la sanctuarisation du soutien des pouvoirs publics ainsi que sur le maintien des seuils 2028 et 2031 de la réglementation environnementale 2020 (RE2020).
Un message semble-t-il bien reçu en haut lieu. Présente lors de l’anniversaire de France Bois Forêt, la ministre de la Transition écologique (et de la Forêt – une première sous la Ve République), Agnès Pannier-Runacher, a conclu l’événement en rappelant « l’importance de la forêt dans la lutte contre le réchauffement climatique ». « Vous êtes au cœur de ce défi », a lancé la responsable politique ; un défi qui ne fait que commencer…
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