Alors que les installations solaires avaient connu un essor historique l’année dernière, le gouvernement revoit à la baisse son soutien aux particuliers. Une décision qui inquiète les professionnels du secteur, désormais confrontés à un avenir incertain.
L’année 2024 restera dans les annales du secteur photovoltaïque français : envolée de l’autoconsommation, toitures de plus en plus nombreuses équipées de panneaux solaires, et records battus en termes de nouvelles installations. Jamais la filière n’avait affiché une telle vitalité. Mais cette dynamique vient de subir un sérieux coup d’arrêt.
Porté par une croissance rapide et un engouement des particuliers, le solaire devient victime de son propre succès. Face à l’envolée des demandes et à la flambée des dépenses publiques associées, le ministère de l’Énergie a décidé de revoir ses ambitions à la baisse.
Un revirement anticipé par les professionnels
Pour certains acteurs du secteur, ce tournant n’était pas totalement inattendu. Xavier Daval, vice-président du Syndicat des énergies renouvelables et dirigeant du cabinet KiloWattsol, explique : « Depuis plusieurs mois, on sentait que le vent tournait, notamment à travers des discours politiques de plus en plus critiques vis-à-vis des énergies renouvelables. »
Le premier signal fort est venu de la nouvelle Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE 3), document stratégique fixant les grandes orientations énergétiques du pays. Dans sa version présentée début mars, les objectifs de capacités solaires à atteindre d’ici 2035 ont été revus à la baisse : entre 65 et 90 gigawatts, contre 75 à 100 prévus auparavant. À plus court terme, la cible pour 2030 serait de 54 GW, alors que la France en compte déjà 25.
Des aides réduites et des particuliers découragés
La véritable rupture s’est concrétisée avec la publication, le 27 mars, d’un arrêté abaissant significativement les aides aux installations résidentielles. Entré en vigueur dès le lendemain, le texte modifie profondément l’économie des projets solaires domestiques.
Premier impact : la prime d’investissement, versée un an après la mise en service, est désormais plafonnée à 80 euros par kilowatt-crête (kWc), contre 160 à 210 euros auparavant pour les petites installations (moins de 9 kWc), soit celles de la majorité des foyers français. Dans le même temps, les conditions de revente de l’électricité à EDF se durcissent. Alors que les particuliers autoconsomment environ 60 % de leur production, ils revendent le reste à un tarif qui chute brutalement : de 12,69 centimes à seulement 4 centimes le kilowattheure.
Une rentabilité jadis atteignable en une dizaine d’années devient donc aujourd’hui bien plus incertaine. De quoi refroidir de nombreux ménages prêts à sauter le pas.
Un risque de casse sociale dans la filière
Les professionnels ne cachent pas leur inquiétude. « Ce changement brutal risque de mettre en difficulté de nombreux artisans installateurs, qui pourraient traverser plusieurs mois sans activité », alertent les syndicats Enerplan et SER dans un communiqué conjoint.
Les effets pourraient être d’autant plus délétères que les règles précises entourant la TVA réduite à 5,5 % — promise à partir d’octobre 2025 — ne sont pas encore définies. En attendant, certains clients pourraient simplement geler ou annuler leur projet.
Même les installations de taille intermédiaire (entre 100 et 500 kWc) ne sont pas à l’abri. Le maintien du tarif d’achat à 95 euros par mégawattheure ne sera garanti que jusqu’en juillet. Au-delà, l’incertitude règne.
Selon la filière, ce sont quelque 25 000 emplois directs et près de 67 000 emplois indirects qui pourraient être impactés. En 2023, le secteur aurait généré 12 milliards d’euros d’activité. La Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR) redoute un gel des projets photovoltaïques locaux, mettant en péril les objectifs de transition énergétique.
Une volonté de « maîtriser l’emballement »
Du côté du ministère, on défend une logique budgétaire et d’efficience. Le cabinet du ministre Marc Ferracci rappelle que ces décisions visent à « garantir un équilibre économique » pour le secteur et à éviter une surchauffe. Le gouvernement souligne également avoir concédé certains assouplissements : pas de rétroactivité des mesures et maintien temporaire de certains tarifs.
Mais la ligne directrice reste claire : réduire la voilure pour contenir des dépenses devenues trop importantes. Sur LinkedIn, Marc Ferracci justifiait déjà ce recentrage en début d’année : « Les demandes d’installations solaires sur bâtiments ont doublé par rapport aux prévisions de la PPE. Or, ces petites installations coûtent plus cher à produire et à raccorder. »
Des économies encore floues
Combien le gouvernement espère-t-il économiser ? À cette question, aucune réponse chiffrée n’a été apportée. Les économies dépendront des résultats des appels d’offres de l’été prochain, notamment pour les projets de taille moyenne. Seule certitude : ces mesures s’inscrivent dans les objectifs budgétaires de la loi de finances 2025, qui prévoit une réduction des soutiens aux énergies renouvelables.
Alors que la France ambitionne toujours d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, cette réorientation soulève de nombreuses interrogations. Peut-on freiner le développement du solaire sans ralentir la transition énergétique ? Et à quel prix économique et social ? Le débat est désormais lancé.
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